L’origine et la naissance du Goshinkaï

L’origine du Goshinkaï est liée en partie à ma personne, donc, sans tomber dans l’égocentrisme, je suis obligé de vous parler un peu de moi pour retracer l’histoire de la naissance du Goshinkaï.

Comment résumer sa vie en quelques lignes ? Je vais concentrer mon récit sur la création du Goshinkaï.

Soke Alain Guingois Fondateur du Goshinkaï

Soke Alain Guingois
Fondateur du Goshinkaï

Constat

Mon parcours scolaire fut classique, j’étais un élève relativement moyen et introverti. Mon physique était très moyen aussi. Comprenez que je n’étais pas le plus athlétique de ma classe, mais malgré tout, je ne « lâchais jamais l’affaire » comme disent certains.

Après être sorti du parcours scolaire, je me suis vite aperçu qu’il fallait que je comble mes lacunes. Non seulement il fallait que je comble mes lacunes mais en plus ; il fallait que mes capacités correspondent à mes ambitions. J’avais le désir de ne pas être faible et ignorant. (Quand j’entends s’exprimer certaines personnes qui affichent une maitrise, j’ai un peu honte pour eux.)

Soif de connaissance

Je me suis donc lancé dans la construction de moi tant sur le plan intellectuel que physique. Ayant pris conscience de l’énormité de mon projet, j’ai sélectionné des domaines de préférences pour ne pas me perdre. J’ai donc tenté d’étudier la langue française, la philosophie, l’anatomie, la psychologie, l’auto-observation, les techniques martiales, la pédagogie et quelques langues étrangères.

Vous l’avez compris j’avais un grand appétit de savoir et de compréhension. Je ne supportais pas de ne pas comprendre ce qui se présentait à moi. Je voulais avoir un éclairage sur tout.
Je fais partie de ces esprits inquiets ou fascinés qui voudraient découvrir tous les jours quelque chose de nouveau.

La formation et les enseignants

Je me suis mis à la recherche de professeurs et de livres spécialisés dans les domaines qui m’intéressaient.

Pour cela, je n’ai pas hésité à parcourir le monde pour voir les meilleurs mondiaux dans leur discipline et ceux que je considérais comme les meilleurs professeurs au monde. D’où, l’obligation d’avoir quelques notions de base dans différentes langues.

L'instructeur de Kung-Fu Yeun Yn Pok (1997)

L’instructeur de Kung-Fu Yeun Yn Pok (1979)

Je dois dire qu’avec tous les experts de très haut niveau que j’ai pu rencontrer, la langue n’a jamais été un problème. On se comprenait. Je me suis aperçu aussi que la plupart des étudiants apprenaient mieux les matières correspondant aux professeurs qu’ils aimaient bien. Pas moi. Je finissais toujours par aimer les professeurs parce qu’ils m’apportaient des éléments de réponse à mes recherches. J’étais d’abord intéressé par le savoir et après par l’individu. Ayant abordé la psychologie, j’ai été très indulgent avec certains d’entre eux.
Ne vous fiez pas aux apparences, au charisme ou aux gens qui aiment « vraiment » tout le monde à 100%. Ce ne sont pas forcément les meilleurs enseignants. J’ai vu certains intellectuels de haut niveau qui n’avaient l’air de rien. Après avoir dit cela, je ne peux plus citer d’exemple (pour ne blesser personne).

Ayant le goût de l’aventure et souhaitant me confronter constamment à de nouvelles sources d’enrichissement personnel, au début de mon parcours, je recherchais systématiquement de nouvelles expériences. Cependant, j’ai rapidement constaté qu’il était inutile de provoquer le destin et que des évènements inattendus s’offraient naturellement à moi.

Je dois avouer que je fais parti de ces gens à qui il arrive souvent quelque chose. Il faut dire qu’en voyageant beaucoup comme je l’ai fait, avec le recul, cela me semble presque normal que je me retrouve confronté à un certain nombre d’aventures.

Vers une évolution par les arts martiaux

ept 1990 Remise de diplôme Nitten Ichi Ryu avec la TV Japonaise

Sept 1990 Remise de diplôme Nitten Ichi Ryu avec la TV Japonaise

J’ai commencé les arts martiaux vers l’âge de 11 ans et demi. Je me suis dirigé vers les arts martiaux parce que j’étais fasciné par la chevalerie, principalement par les règles de vie qu’elle promeut. J’ai découvert par la suite que certains dans cette confrérie oubliaient un peu les règles.

Sans être un « superman », dans les cours ou les stages que j’ai animé, entre l’âge de 19 à 38 ans je n’ai jamais refusé un défi ou une demande de combat d’un visiteur… Durant les stages, j’ai souvent demandé quel était le pratiquant le plus « fort » dans sa discipline pour pouvoir « comparer » ma technique à la sienne, mais cela ne relevait pas de l’agressivité. Je n’ai jamais cherché à blesser quelqu’un qui venait m’affronter dans le cadre des arts martiaux. Je n’ai donc pas échappé à la période du jeune plein de testostérones surtout que j’agrémentais ma technique par une pratique assidue de la culture physique.

Cela dit, j’ai toujours respecté les enseignants. Je pensais, et je pense toujours, que les enseignants ont un rôle très important.

Ensuite quelques blessures mon obligées à me « calmer ». Pour ceux qui vivent leur vie sur le mode opposition, je dois leur dire que tous leurs combats n’empêcheront pas d’avoir mal, d’avoir peur, d’être malade et de mourir.

Il ne suffit pas d’avoir survécut à une épreuve pour croire qu’il en sera de même avec la suivante.

C’est pour cela que je ne crois pas à la formation diplômante. Elle atteste d’un niveau à un certain moment et l’être humain est ainsi fait, que, dès qu’on lui reconnait un niveau, il s’y cramponne comme à une bouée de sauvetage. Pour en revenir à ce qui nous intéresse, je n’ai pas eu la chance d’avoir le Goshinkaï, j’ai été obligé de le créer.

Soke Alain Guingois avec Miguel Ibarra

Soke Alain Guingois avec Miguel Ibarra Hanshi du Yamabushi Jujutsu

Constance

Dans ma vie je suis toujours resté fidèle à une discipline, contrairement à ce que l’on pourrait croire.

Au début c’était une école de « Kung Fu » et après j’ai opté pour les Jiu-Jutsu. Je pratiquais le Kung Fu comme le Jiu jutsu et le Jiu jutsu comme le Kung Fu.

Pour tout vous dire, j’ai arrêté le kung-Fu parce que un jour mon instructeur m’a dit : « Alain, je t’ai appris tout ce que je sais; je ne peux pas t’en apprendre plus. Si tu veux en savoir plus, il faut que tu aille voir mon père en Chine« .

A chaque fois que j’allais voir une autre discipline c’était pour mieux comprendre celle que je pratiquais ou pour améliorer un détail et trouver une solution à un problème technique. Parfois j’allais voir une autre discipline par curiosité, mais jamais pour trouver mieux.

Votre discipline est telle que vous la pratiquée. Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise discipline. Si vous la pratiquez mal elle est mauvaise, si vous la pratiquez bien, elle est bonne. Un mouvement, une technique acquise dans une autre discipline peut toujours être adaptée à son propre style. Je peux ainsi montrer n’importe quel mouvement de n’importe quelle discipline sous la forme Goshinkai.

J’espère que vous comprenez bien que les techniques n’ont pas de style, pas de nationalités, pas de nom.

Pourquoi voulez-vous qu’une technique soit chinoise, japonaise ou espagnole ? Partout dans le monde, en fonction des époques, du climat, de la tenue vestimentaire et de l’armement les hommes ont adapté les techniques de combat. Les techniques existent tout simplement et elles sont comme on les places. Les techniques ne sont pas cloisonnées. La technique est défense, santé, tueuse, philosophique, réanimatrice, psychanalytique, fluide, dure, rapide, lente, etc.

Maintenant mon parcours m’a emmené au-delà de tout cela.

Goshinkaï : un art corporel éducatif

Le Goshinkaï est un chemin construit avec des techniques judicieusement posées au bon endroit. Comme un puzzle, il faut trouver la bonne pièce qui s’imbrique avec celle d’à côté. J’ai mis en place, en France, ce système pluridisciplinaire regroupé sous le label « Goshinkaï » en 1989. J’ai organisé ces pratiques constatant qu’il manquait une activité complète pour le développement de l’individu. En effet entre les disciplines à finalité physiques et les disciplines utopiques, il y avait un vide qu’il fallait combler.

De plus l’époque « moderne » a morcelé les différentes formes de pratiques. Désormais les techniques de défenses et de combats sont regroupées par secteurs : frappes, déséquilibres, déplacements intensifs, manipulations d’armes, découverte et étude de soi, etc. Maintenant je vois apparaître les arts martiaux mixtes, qui techniquement renouent un peu avec les origines. Mais je n’y vois pas cette notion éducative. Chaque pratiquant semble errer dans le cadre du combat.

Soke Alain Guingois avec Toshishiro Obata

 

Le développement de l’individu à travers la pratique des arts martiaux nécessite l

a visite approfondie de tous ces secteurs. C’est pour cela qu’avec le temps la dénomination « Arts martiaux » est devenu pour moi « Arts Corporels Educatifs ».

Je n’ai rien inventé, j’ai simplement organisé de manière cohérente les différentes techniques mises à ma disposition.

Le chemin

Pour compléter mes propres connaissances, je me suis rapproché des meilleurs experts mondiaux dans les différents domaines de recherche.

Je devais obtenir une progression constituant un chemin de développement non seulement physique, mais qui pouvait aussi amener le pratiquant à un fonctionnement de réflexions et d’analyse sur lui-même et ce qu’il fait.

Je devais aussi avoir la prudence de lui donner les capacités de compréhension et d’acceptation de ses propres découvertes. Entrer en soi pour se découvrir, c’est prendre le risque de ne pas trouver ce que l’on espérait.

Cette progression, elle est devenue évolutive dans le temps et dans l’intensité.

Progression / Evolution / Temps / Intensité

Une croissance dans le temps sur un chemin établi.

La progression est le chemin.

L’évolution est la distance parcours sur le chemin.

Bien sûr, il faut du temps pour parcourir cette distance.

L’intensité est le niveau de capacité croissant qui se transforme lorsque le pratiquant vieilli en qualité et en finesse technique.

Arriver à soi

Rorion et Royce Gracie avec Soke Alain Guingois

Rorion et Royce Gracie avec Soke Alain Guingois

Aujourd’hui je me retrouve avec le poignet et le bras droit handicapé ; peut-être pas pour toujours, mais je dois vivre avec et cela me permet de découvrir des recoins de moi-même que je n’aurais jamais visité sans cela.

La souffrance physique ou mentale amène à une vie intérieure plus intense. Il serait bien que cette introspection imposée soit la source d’un enrichissement personnel. Après avoir moi-même testé tous les secteurs de cette progression, je crois qu’elle donne des capacités d’adaptation croissantes dans le temps.

Après 45 ans de pratique, même si cette progression n’est pas parfaite, elle a le mérite d’avoir été affinée de manière constructive et honnête. Elle donne au « visiteur » des éléments pour une formation complète afin de mieux comprendre les arts martiaux et lui-même. Surtout lui-même !

Les différentes pratiques physiques et intellectuelles ne sont qu’un moyen d’arriver à soi.

A bientôt

L’art de créer n’a pas d’âge, pas de nationalité, pas de limite et ne nécessite pas d’explication.

Maintenant je vis en Asie et je compte y rester quelques temps afin d’essayer de comprendre certaines choses…

Soke Alain Guingois

2 Responses

  1. Miguel Ibarra
    Miguel Ibarra 22 mars 2015 at 12 h 46 min | | Reply

    Greetings my friend. Wishing you success on your upcoming seminar.
    Best wishes to everyone.

  2. Gray
    Gray 2 août 2018 at 2 h 12 min | | Reply

    Bonjour,

    Ce texte m’a beaucoup touchée merci. Je vais m’inscrire dès demain
    Best from me
    Saida

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