La Nuit des Arts Martiaux Traditionnels 2015 (Par Stéphane Théron)

« -La Nuit des Arts Martiaux Traditionnels? »
« Oui, Léo (Tamaki) aimerait que je présente l’école Goshinkaï à Paris! »
« c’est super! »
« J’aimerai que …. tu m’accompagne. »

C’était Simon, de sa voix douce et claire. Maintenant qu’il me faut y repenser, je dirais que celle ci était peut être plus enjouée que d’habitude. Alors, je dis que oui!, je serais de la partie. Après de succinctes explications, je raccrochais.
C’était un peu flou pour moi, mais le peu que j’avais cru comprendre avait  déclenché en moi une troupe de sentiments assassins à l’assaut de mon cerveau. J’ai eu un vrai choc, en suis-je capable? Vais-je être disponible à cette date? En plus, ça risque de coûter un bras cette affaire… Dans la poitrine, les joueurs de taïko frappaient et ils n’étaient pas tendres avec moi. Heureusement, très vite, un bonheur diffus se mît à m’envahir avec douceur : je comprenais de quoi était capable un ami.

Ni une, ni deux, un appel  à Sylvain pour comprendre. Bien sur qu’il était au courant, il rît… Non, on n’hallucinait pas. Tous deux, nous nous donnerons souvent l’occasion de parler au téléphone des options du voyage, mais parfois c’était comme un besoin physique avant un shoot, il nous fallait entendre et réentendre ce qui nous arrivait à tous les quatre. Surtout à Simon.

Le quatrième lascar, c’était Fabien, avec son sérieux et sa gentillesse ajoutés aux qualités techniques et à la patience de Sylvain, laissaient présager de bons moments de découvertes humaines, de travaux et de rigolades. Associé à la rigueur et à la persévérance de Simon, le cocktail sera tonique.

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Sylvain, Simon, Fabien et Stéphane devant la tour Eiffel la veille de la NAMT

Dorénavant, les répétitions auront lieu le dimanche : 1 heure. J’aime ce mot de « répétition » car il évoque pour moi, avec justesse ce qui ce passait une fois par semaine, pendant ce jour de repos qui n’en était plus un, nous répétions tels des acteurs. Le timing, naturellement était de la partie : 6 min et des brouettes…
Il fallait voir avec quelle minutie, le metteur en scène Simon dirigeait la troupe. Ce dernier nous avait dévoilé le programme (validé par tous) qui n’a eu cesse d’être amélioré, peaufiné. Sur des conseils de Léo, il a pu prendre une nouvelle dimension rassurante. Une fois les techniques choisies, manquait que la chorégraphie et chacun y allait de ses doutes et imperfections ou gestes parasites. Il y aura des frappes, des projections, et des clefs.
Ce fut difficile. Jours avec, jours sans.

Il faillait d’abord chauffer et assouplir, puis se concentrer. Outre le fait que pratiquer ces techniques, nous donnaient beaucoup de plaisir, leur choix mais aussi la chorégraphie avaient plu au Soke. En effet, une démonstration avait été faite lors de sa venue annuelle de stage à Lacaune et… ouf! Alain et les stagiaires nous ont adressés de chaleureux encouragements bienvenus. C’était une semaine avant le jour « J »

Répétition du dimanche au dojo de St-Juery

Répétition du dimanche au dojo de St-Juery

L’appréhension était déjà palpable lorsqu’elle laissa place à la trouille.
J’imaginais la tension qu’avait Simon  car comme il aimait à le dire : lui les 6 min, il les fait en entier! Et je n’osais trop, les derniers temps sonder le mental de chacun.
Si aujourd’hui j’ai tendance a vouloir minimiser cette peur qui me tiraillait, en écrivant, la vérité me crève les yeux : je flippait énormément, et je pense qu’on en était tous là. Cet inconnu, cette nuit ensoleillée à venir, de son ombre, monopolisait nos pensées…

Loin d’imaginer alors les effets collatéraux positifs de cette nuit, il me faut faire une parenthèse ici, et noter le rapprochement humain pour quatre potes permis par des gens généreux. Aussi, de riches rencontres improbables avec des personnes plus ou moins connues, des entraînements de haute qualité, une découverte de Paris pour certain… la liste n’est pas exhaustive.
Du coup, même si (et je le dis avec force) l’enjeu n’était pas le même pour tous, un « ratage » aurait non seulement blessé notre égo mais au-delà de l’individu, c’était la cohésion du groupe qui aurait trinqué. Parler de trahison serait trop fort. Il faut tout de même comprendre qu’un nouveau lien très épais nous attachait dorénavant et une erreur n’aurait pas été souhaitable.

L’hybride à Sylvain était déjà bien chargée lorsque je montais en voiture avec eux, sur le trajet de la capitale. Nous ne nous autorisâmes qu’une simple pause-sandwich pour pouvoir profiter encore de ses rues ensoleillées de Paris. 8 heures nous en séparent. A toi, à moi, le sommeil se refilait comme un vilain rhume. Et puis enfin, ça y est, le GPS s’anime et on commence à chercher un parking.

Ok! Un est disponible et on s’y engouffre avec courtoisie, en voyant le tarif pratiqué, on comprend que nous sommes sur les Champs ou mieux sous les Champs.(pour ce qui est du parking, on fera moins de chichi chic lorsqu’il faudra se garer dare dare quelque heures seulement avant le début de la soirée!). A grandes enjambées nous suivons Simon le guide parisien. Une mission qu’il s’est fixé: nous faire connaître le plus d’endroit agréables et de notoriété publique en un minimum de temps.
La Tour Eiffel et le Trocadéro, Notre Dame, Montmartre,…tout est là. Les kilomètres défilent à toute allure, à pieds, en métro ou RER, on en prend plein les yeux. L’excellent restaurant japonais typique dont j’ai oublié le nom et dont mes mollets se souviennent(tant il a fallut se dépêcher)est venu clôturer magnifiquement la soirée et nous mettre définitivement dans l’ambiance.

La détente avant l'action à Montmartre

La détente avant l’action à Montmartre

Le jour de la NAMT fut un événement en lui même. Léo avait demandé pour cette 9 ème année à sensei Hino Akira d’animer le stage sur le weekend, en plus de sa participation à la Nuit. Etre convié à participer à des cours d’un tel maître n’avait fait que rajouter de l’huile sur le feu de notre bonheur grandissant.
Un cours de présentation avait été demandé à certaines écoles, en amont et aval de la soirée, au dojo d’Issei à Herblay. Ainsi nous avons eu la chance de découvrir écoles et senseï, avant leur représentation ou bien, le lendemain, d’assister Simon à son cours (très visité) du dimanche (mais là on connaissait!). Dommage qu’individuellement nous n’ayons pu tout voir, mais la curiosité et les goûts de chacun ont permis une vue d’ensemble et nous avons pu longuement échanger ensuite.

Après beaucoup de stress et de temps pour si peu de distance parcourue (ici c’est Paris!), traversée de Barbès, on approche.
Nous  voilà en face du fameux théâtre Déjazet. Il est situé dans un quartier étudiant très animé du 3ème arrondissement.

Le théâtre Dejazet

Le théâtre Dejazet

Bien que très modeste du point de vue de sa façade et très loin du tape à l’œil auquel un provincial pense quand on lui parle de théâtre Parisien, son entrée n’en est pas moins attrayante.
Nous faufilant parmi les arrivants, on découvre au fur et à mesure de la progressions et des indications, les deux côtés du théâtre. C’est le privilège de tout participant. Le côté IN c’est les velours rouges et les fresques, les fauteuils rabattables rouge aussi, la vue de la scène depuis différents étages .Dans ce théâtre nous apprenons que Mozart ou Coluche (pas ensemble!) y ont joués. Il fut un cinéma et le fief d’une radio libertaire avec des spectacles et chansons contestataires. Bref, une ambiance m’enivre légèrement.

Côté OFF, c’est loge, murs hauts et blancs avec tableaux et miroirs, repas froid variés et succulents que Léo a fait venir, c’est aussi l’arrivée des « acteurs » et les départs pour la scène  en tenue, les échauffements, les blagues pour détendre, les souvenirs pour relativiser et réconforter et c’est surtout le couloir étroit mal éclairé de ses quelques marches, très long, trop long où tout se bousculent… c’est lui qui nous amène de l’autre côté; il joue bien son rôle.

Nous y sommes. On va nous prévenir. Les troisièmes, comme prévu plus tôt. Génial! On va pouvoir s’éviter du stress à attendre et pouvoir, une fois changés assister au spectacle.
C’est à nous, de gros projecteurs nous éclairent mais surtout nous chauffent. C’est un four! Une seconde, je suis comme un lapin pris dans les phares d’un promeneur amical! Je suis serein car les heures de répétitions m’accompagnent et de toute façon, je suis convaincu depuis le début que Simon pourra corriger une de mes maladresses.

Si notre travail n’est pas comparable au sien, loin s’en faut, nous semblons satisfaits. Lui aussi, car il semble content lorsque plus tard nous nous retrouvons. Sylvain a réussi un tour de force : il a fait la démonstration en ayant perdu une lentille sur une attaque de Simon au tout début.
Les 6 min m’ont semblées très rapides même si elles ont été jalonnées d’absences mentales qui ont été les premières impressions curieuses que  j’ai eu après coup.

Sur scène lors de la NAMT

Sur scène lors de la NAMT

Donc avec soulagement voir euphorie nous assistâmes au spectacle. Et quel spectacle! Des pratiquants avec de la précision technique dans des formes et avec des armes peu communes ont su faire, au vu des applaudissements, un show appréciable du grand public.
Tori et uke bougeaient aux rythmes des tambours, du moins c’est ce qu’on eu dit, tellement pratiquants et joueurs étaient en harmonie. Il y avait des projections, des chutes, des attaques, des armes très anciennes, tout allait très vite ou très lentement, comme en combat. Notre tempo quotidien n’avait pas sa place ici.
Alors ce fut le retour au calme et senseï Hino Akira fit un kata… du sabre avec sa dame…. et avec son assistant une démonstration autour d’un barre de bois.

 

Hino Akira

Hino Akira

Mme Hino Akira

Kazuko Sensei (photo http://aiki-kohai.over-blog.com)

Élégance, souplesse et efficacité. Un étrange sentiment de crainte et de protection se manifestait sous nos yeux. Nous vivions un moment très spécial. Dans cette salle à l’odeur épaisse de choses qui vieillissent, le décor du Dejazet, projetait sur nos yeux ses éclats de sang, et nous, nous étions là, prisonniers maintenant de nos souvenirs et sensations, regardant ces formes du futur évoluant avec grâce.

Nous irons remercier notre hôte Léo en sortant n’imaginant sans doute pas complètement avec quelle force son initiative à marqué a jamais nos esprits.

 

Stéphane Théron.

 

 

 

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