Le shodan, plus qu’un passage de grade (Par G.Ryckelynck)

La progression dans les arts martiaux est souvent représentée par une ligne continue. Elle est généralement, de façon assez virtuelle d’ailleurs, découpée en étapes. Les « passages de grade », reconnaissance de l’obtention d’un niveau de pratique, constituent des jalons sur ce parcourt.

Pour beaucoup de personnes, parmi ces jalons, le shodan, littéralement « premier niveau », est une étape particulière. Matérialisé par la ceinture noire, il est le symbole de l’entrée dans « la cours des grands ».

Cela peut représenter une finalité pour certains, mais je fais parti de ceux qui y voient un commencement, ou plus exactement le passage vers les étapes suivantes.

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 Comme tout passage de grade, l’examen du shodan a tout d’abord été pour moi une épreuve, une évaluation et une reconnaissance.

  1. L’épreuve:

Un passage de grade est un moment important dans l’évaluation de notre pratique martiale, d’autant plus, dans les arts martiaux non compétitifs. Nous nous retrouvons face à nous-même et à l’expression de nos connaissances. Chaque pratiquant connaît cet instant de légère solitude et de stress, voire de doute, qui accompagne la présentation d’un programme.

Cette mise en situation s’avère parfois déstabilisante, mais reste essentielle pour juger nos acquis et notre progression aussi bien physique que mentale. Cette appréhension naturelle, née du regard des autres et de la volonté de ne pas décevoir, fait partie intégrante de l’exercice.

  1. L’évaluation:

La notion d’évaluation et de jugement, au sens de la mesure, ne peut être dissociée de la présentation d’un programme. Il s’agit d’un examen au cours duquel le regard porté par les responsables de la discipline se fait plus pressant et précis. La notation devient un outil d’analyse. Elle permet d’estimer le niveau atteint au regard des techniques demandées, l’objectif étant de mesurer les aptitudes de la personne évaluée.

Le comportement et l’attitude font partie intégrante du jugement car ils sont révélateurs de la perception et du ressenti de l’élève, ainsi que de l’effort accompli.

  1. La reconnaissance:

Le passage de grade est également un moment privilégié où, au delà d’établir un verdict sur l’élève, le responsable technique formule un degré de confiance. La réussite de l’examen s’exprime comme une reconnaissance du travail réalisé par le pratiquant et son enseignant. En effet, l’évolution de l’élève devient le miroir de celle du maître, où ce dernier perçoit un reflet de son enseignement. C’est pourquoi, il est du devoir de l’élève d’être honnête et pleinement disponible dans sa pratique.

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 Par ailleurs, selon moi, au delà de la présentation d’un programme, l’obtention du shodan est aussi un engagement.

En effet, par une pratique rigoureuse nous devenons dépositaires d’un ensemble de connaissances que nous sommes amenés à développer, mettre en œuvre et enseigner. Cela inclut un savoir technique (approche physique), qui doit s’accompagner d’un certain niveau de compréhension. Ce dernier est le reflet d’une démarche intellectuelle et d’un état d’esprit.

Notre attitude et notre comportement doivent également témoigner de notre maturité martiale à travers notre rigueur, notre volonté, notre respect (de l’environnement, des autres et des règles), notre engagement et notre modestie.

Le Goshinkaï enseigne un ensemble de valeurs et en particulier 7 principes qui constituent des qualités importantes à posséder ou du moins comprendre et rechercher à ce niveau de pratique. La connaissance de soi via l’auto-observation est notamment un élément clé de l’évolution du pratiquant.

 En outre, pour poursuivre notre évolution martiale, nous devons élargir et développer progressivement notre champ de connaissance et de compétence en incluant dans notre apprentissage des matières connexes comme l’anatomie et la psychologie.

 Enfin, le port de la ceinture noire représente selon moi une responsabilité, à la fois vis-à-vis de ceux qui nous ont enseigné, de ceux qui nous ont accompagné dans notre progression et plus généralement vis-à-vis de notre entourage dans le domaine martial et au-delà.

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 Ainsi, si l’obtention du shodan, il est vrai, est une satisfaction personnelle, il s’agit avant tout de la reconnaissance d’un travail et d’une assiduité. Il revient à chacun de nous d’être digne de la confiance que nous témoignent les responsables de notre école. Au delà de la ceinture, quel que soit sa couleur, je pense que c’est notre aptitude à incarner les valeurs qui nous ont été transmises qui fait de nous « des shodan ».

Personnellement, l’épreuve technique a été difficile et exigeante physiquement. Cependant, la remise en cause personnelle et l’analyse de mes capacités à porter cette ceinture et à endosser les responsabilités qu’elle incarne a été une étape tout aussi importante et difficile à franchir.

 Guillaume Ryckelynck.

Goshinkai_GRK-Montsegur_2015

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